On continuera longtemps de chercher où les chanteuses de fado trouvent les accents d'une tristesse aussi profonde. Même dans des chansons enlevées, festives, la gaieté de la mélodie porte cette fêlure dans la voix. Mariza, lorsqu'elle entame ici "Cavaleiro Monge" ou plus encore "Feira de Castro", semble baisser les yeux, le regard courbé par la saudade. Dans le doux frémissement des cordes de la guitare portugaise, la voix limpide s'élève avec légèreté ("Vielas de Alfamo") et Mariza démontre combien elle mérite d'être considérée comme l'une des reines du fado moderne. Ce deuxième album de la jeune chanteuse de Lisbonne mêle le sourire extasié du bonheur et l'omniprésence sourde de la solitude. Et c'est toujours celle-ci qui a le dernier mot. Des mots issus de poèmes qui ne semblent attendre que d'être chantés. Mariza leur donne alors voix, avec une certaine audace face à la forme traditionnelle du fado. En sollicitant le piano et le violoncelle, rarement présents dans ce genre balisé, elle en libère le champ, et invite même une trompette dans un voyage transparent. C'est "O Deserto", une chanson qui flotte avec le vent. Le "Fado Curvo" (fado sinueux) de Mariza met le vague à l'âme. --José Ruiz
Marque: EMI
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